Douleur & membre fantôme

 

Le cortex sensoriel du cerveau

 

" La douleur c’est dans ta tête "

Cette affirmation, plus qu’aucune autre, a probablement irrité (mis les nerfs à) de très nombreuses personnes.

Il est scientifiquement prouvé que nous ressentons tous la douleur par le truchement de nos cerveaux. Si notre cerveau ne fonctionne pas et que nous n’y faisons pas attention (sans conscience), nous ne ressentons pas la douleur

Et la tête, ça va ?Le malentendu provient du fait que les gens pensent que "dans la tête " veut dire imaginaire.

En l’état actuel de la recherche, on peut dire que la douleur est ressentie dans le cortex sensoriel du cerveau.

Ce cortex sensoriel reçoit des messages du reste du système nerveux et les organise dans un schéma (modèle) que le corps peut éprouver : nos sens ; la vue, l’odorat, le goût, l’ouïe, le toucher, les sensations. Le cortex sensoriel agit un peu comme un poste de télévision qui récupère des informations, les organise et les diffuse pour nous les rendre intelligible au moyen de l’écran que nous voyons et des sons qu’il émet. Sans ce poste, il ne nous est pas possible de connaître les informations qui transitent par voie hertzienne ou par le câble.

La partie sensorielle du cerveau est bien plus complexe qu’un simple téléviseur, elle ressemble davantage à la régie d’un studio de télé avec de nombreux écrans diffusant chacun des images en provenance de différentes caméras. Notre cerveau est capable de gérer des millions de caméras, mais pas toutes en même temps. Notre attention ne peut se focaliser que sur un petit nombre de choses à la fois, un peu comme un réalisateur qui choisit quelles sont les images de telle ou telle caméra qui doivent être diffusées. 

Les nerfs sensoriels

Constituant une partie du système nerveux, les nerfs sensoriels recueillent de l’information de leur environnement. Ils sentent la douleur, le chaud, le froid, le contact, le son, la lumière, entre autre. Les nerfs sont eux-mêmes très spécifiques. Une terminaison nerveuse sensible à la température ne peut ressentir la douleur, un nerf de contact n’est pas capable d’interpréter la lumière. Les nerfs sensoriels ressemblent un peu à des caméras, des microphones, des thermomètres. Chacun fournit une information basée sur ce qu’il est capable de percevoir dans son environnement. Le thermomètre mesure la température mais ne donne aucune information sur le son car il n’entend pas les sons.

Les nerfs de la douleur sont parmi les plus primitifs que nous possédions. Ils captent une douleur lorsque quelque chose de nocif ou perturbateur survient à une partie du corps. Ils peuvent sentir être brûlés mais ne peuvent dire si cela est par le chaud, le froid, des frottements, ou une origine chimique. Ils ne sont pas aussi rapides que certains nerfs, et comme ils couvrent une très grande étendue il est difficile de définir exactement l’origine de la douleur.

 

La transmission nerveuse et les circuits neuronaux

Les nerfs sensoriels récupèrent l’information de l’environnement mais ont besoin du cortex sensoriel pour interpréter ce qu’ils éprouvent mais ont aussi besoin du système nerveux (incroyablement complexe) pour se connecter entre eux et transmettre des messages. Le système nerveux pourrait se représenter comme un ensemble connectique constitué de câbles, d’un poste de télévision, d’antennes émettrices, relais et réceptrices. Chaque élément a un rôle précis à jouer et la moindre perturbation de l’un d’entre eux peut affecter l’ensemble. L’image sur l’écran peut devenir trouble, sans couleur, sans son, voire disparaître...

Il existe de nombreux points où une mauvaise information peut entrer dans le système et perturber l’affichage de l’image comme dans une télé. Ce que notre cortex sensoriel perçoit réellement est une combinaison de tous les messages qui surviennent de la partie terminale des nerfs dans la peau, les muscles, les tissus, propagées de cellules nerveuses en cellules nerveuses.

Comme il existe de nombreux circuits complexes entre une caméra et un écran de télévision, il y a des circuits neuronaux incroyablement complexes entre les fibres nerveuses sensorielles et le cortex sensoriel. Ces circuits aident à contrôler ce que l’on ressent et à pouvoir faire un usage des informations captées.

Les nerfs conduisent l’information comme les câbles télé transmettent les images. Ceci s’effectue par une série de décharges électriques le long des fibres nerveuses. Quand un nerf sensoriel est stimulé par quelque chose comme une piqûre la cellule nerveuse est excitée et envoie un signal électrique le long de la fibre (axone) en direction de la moelle épinière. Une cellule nerveuse d’un orteil transmet un signal le long de son axone jusqu’à la colonne où elle se connecte à d’autres fibres nerveuses. Quand le signal électrique atteint l’extrémité de l’axone, l’impulsion est transmise à la cellule nerveuse suivante au moyen d’un signal chimique. C’est une molécule appelée neurotransmetteur (acéthylcholine) qui à son tour à son tour réagit avec un récepteur de la cellule nerveuse suivante. Le neurone suivant joue donc le rôle d’un relais qui transporte l’information le long de la moelle jusqu’au cerveau.

La transmission de simples messages nerveux augmente en complexité dans la moelle épinière et dans le cerveau parce qu’à ce niveau (ces niveaux) les messages sont influencés par d’autres types de cellules nerveuses qui peuvent faciliter le passage des messages (facilitation) ou le rendre plus difficile (inhibition). Ils sont aussi influencés par la présence de substances chimiques comme des stupéfiants, des sédatifs, des anesthésiants..... Toutes ces substances chimiques influencent en partie la transmission nerveuse. Nous connaissons et comprenons bien certains mécanismes alors qu’il en va autrement pour d’autres où notre ignorance est flagrante. Il y a des substances qui ont plus d’effets sur certaines personnes que d’autres et des résultats imprévus surviennent à certains patients alors que le traitement semble très bien convenir à d’autres.

Malheureusement, il arrive aussi que des cellules nerveuses auto entretiennent leur excitation un peu comme le phénomène de "larsen " que l’on peut entendre lorsque l’on utilise un mégaphone ou lorsqu’un auditeur de radio communique en ligne (au téléphone) avec sa station et que son poste de radio, non loin de lui, est branché sur la même station. Cela arrive parfois lorsque le nerf n’a rien à faire comme dans le cas où une amputation aurait retiré la partie capteur du nerf, il lui manque une fonction.

Par chance, il existe aussi au sein du système nerveux, des mécanismes qui aident à diminuer l’intensité des sensations. C’est comme lorsqu’on pénètre dans une pièce où l’odeur est nauséabonde. Au bout d’un moment on oublie cette odeur car on s’y est habitué. Ceci est provoqué par le cerveau qui détourne notre attention de l’odeur. Même si l’odeur n’est pas partie, on l’oublie jusqu’à ce que quelqu’un ou quelque chose nous la rappelle. Notre cerveau peut faire la même chose avec des excitations douloureuses comme lorsqu’on s’est brûlé ou coupé. La sensation de douleur peut être diminuée même si la douleur originelle n’est pas apaisée.

Il existe des techniques psychologiques comme la méditation, la relaxation, l’hypnose qui peuvent aider à diminuer la douleur ou au moins l’attention qu’on y porte. Comme écrit plus haut, des traitements médicamenteux peuvent jouer un rôle dans la diminution de la perception de la douleur dans le cortex sensoriel du cerveau. D’autres éléments, tels que le stress, la fatigue, l’angoisse peuvent exacerber les sensations de douleur et les rendre moins supportables encore.

L’amputation et le circuit des nerfs sensoriels

Quand une amputation survient, les conduits nerveux sont coupés au niveau de l’amputation et les cellules des nerfs sensoriels meurent comme la partie amputée. C’est l’équivalent d’une retransmission télé qui est interrompue car la caméra est détruite. Le poste de télé, l’antenne, les câbles, la régie existent toujours et fonctionnent correctement. Seulement, ils ne reçoivent plus d’information correcte de la part de la caméra détruite. Comme le cortex sensoriel du cerveau et la moelle épinière aussi bien que les connexions intermédiaires fonctionnent encore, les signaux les atteignent et le traversent toujours, même si ces signaux ne sont pas justes ou réels ou cohérents. Certains des signaux sont comme des parasites, d’autres proviennent d’autres circuits neuronaux, d’autres enfin n’ont pas d’explications de part nos médiocres connaissances. Le fait est que des personnes continuent de ressentir un membre qui n’est plus présent parce que la partie du cerveau qui s’occupe des sensations est toujours vivante et fonctionnelle.

Le nerf coupé peut générer des sensations par lui-même. N’importe quelle sensation qui a pu être ressentie avant l’amputation peut être ressentie par le cerveau, même si le membre est absent. Si la partie terminale du nerf coupé est comprimée ou étirée, le nerf peut être fortement stimulé et envoyer des signaux vigoureux qui apparaissent provenir de la partie amputée parce que c’est l’endroit où étaient les cellules nerveuses à l’origine. Des fois les sensations sont comme un picotement électrique ou une "bonne grosse décharge ", des fois c’est plutôt une sensation profonde, lancinante d’une douleur brûlante. Tout ce que le membre a vécu alors qu’il était intact peut encore être ressenti par les nerfs sectionnés et le cortex sensoriel qui y est rattaché.

Des fois, les sensations semblent être encore plus intenses parce que le cortex sensoriel est peut être las de n’avoir rien à faire quant à la partie manquante et il ferait alors toute une histoire de pas grand chose.

 

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